Les Romanov

LES ROMANOV

Le 17 juillet 1998, les restes de Nicolas II ont été inhumés à Saint-Petersbourg, lors d’une grande cérémonie. Il est le dernier descendant d’une lignée qui commence en 1613, avec l’avènement de Michel Romanov au trône de Russie.

A la mort d’Ivan IV, le Terrible en 1584, le royaume passe à son fils Fédor, un simple d’esprit, d’une piété excessive. Le véritable maître de la Russie est Boris Goudounov, descendant d’un prince mongol. En 1591, il a vraisemblablement fait assassiner Dimitri, dernier fils d’Ivan le Terrible âgé d’une dizaine d’années, à Ouglich. Fédor meurt en 1598, il se fait couronner tsar. C’est le début de la "période des Troubles "

Dès le début du XVIIéme siècle, le bruit court que le tsarévitch Dimitri est vivant ; commence alors la période des "faux tsars ". A la mort du tsar Boris, les boyards reconnaissent pour souverain un faux Dimitri, jeune russe soutenu par les Polonais. Il est assassiné en 1606, à l’instigation du prince Chouïski. Le peuple est en proie au désarroi et à la misère dus à la guerre civile. Un second "faux Dimitri " fait son apparition. Chouïski est contraint à abdiquer en 1610.

Après des mois de lutte, Michel Romanov est élu tsar par une assemblée de députés venus de toutes les villes russes. Il a devant lui une immense tâche de pacification et de reconstruction. Le règne d’Alexis, son fils voit le ralliement au royaume des cosaques qui ont secoué le joug polonais en 1653 et l’exploration de la Sibérie. Fédor III (1676-1682) continue la modernisation ; à sa mort, sa fille Sophie assure la régence en attendant la majorité de ses frères Pierre Ier et Ivan V ; elle doit combattre les menées ambitieuses des strelstsy.

En 1689, Pierre Ier le Grand, âgé de 17 ans, renverse la régence de sa sœur et neutralise son frère ; patriote, son seul but est la grandeur de la Russie. Il réorganise l’armée, créé une flotte, modernise l’industrie et dote la Russie ruinée, dépeuplée, d’une structure administrative puissante ; il voyage à travers l’Europe pour s’inspirer des idées occidentales. A partir de 1703, il fonde Saint-Petersbourg.

Il y transfère sa capitale en 1714. Après plusieurs années de guerre, il écrase les Suédois à Poltava en 1709.Le traité de Nystad (1721) annexe les territoires de Livonie, d’Estonie, d’Ingrie et de Carélie.

A sa mort en 1725, suit une période d’intrigues et de coups d’état de la noblesse qui se termine en 1741, à l’avènement d’Elizabeth, fille de Pierre le Grand. La noblesse russe retrouve tous ses privilèges, surtout celui de posséder des domaines avec des serfs dont ils sont les maîtres absolus ; ainsi se forme la noblesse russe moderne, opulente et fortement occidentalisée.

Catherine II (1762-1796) souveraine éclairée au début de son règne, arrête toutes ses réformes après la révolte paysanne menée par Pougatchev en 1773-1774 ; elle octroie à la noblesse des privilèges exorbitants qui ont pour conséquence une aggravation de la misère et des conditions de vie des serfs. Durant son règne, la Russie annexe la Crimée, le Lithuanie et une grande partie de l’Ukraine.

Son fils Paul Ier prend tout d’abord le contre-pied de la politique de sa mère ; la Révolution française l’inquiète, il ouvre la Russie aux émigrés nobles français, puis brusquement s ‘emballe pour Bonaparte. Sa politique absurde le conduit à une abdication en faveur de son fils Alexandre Ier ; il meurt étranglé lors de la présentation de l’acte d’abdication.

Alexandre Ier, élevé par un percepteur suisse libéral, débute son règne par une loi donnant aux propriétaires la possibilité d’abolir leurs serfs (elle sera suivie de peu d’effet). L’expansion russe se poursuit : Géorgie, Finlande et l’Alaska. En 1812, les armées napoléoniennes envahissent la Russie ; cette guerre tourne au désastre pour les troupes françaises et la Russie devient une grande puissance.

La confusion pour la succession d’Alexandre Ier a encouragé les sociétés secrètes. La révolte des Décembristes (ou Décabristes), jeunes officiers nobles libéraux, à St Petersbourg en décembre 1825, a pour objectif d’écarter du trône Nicolas Ier, et de lui préférer le Grand Duc Constantin connu pour ses idées libérales ; ils comptent ensuite imposer au tsar une constitution et l’abolition du servage. Le complot échoue, mais il crée une tradition 

révolutionnaire qui survivra. La Russie se modernise lentement, l’industrie se développe. En 1853, il déclare la guerre à la France, l’Angleterre et la Turquie ; c’est la guerre de Crimée autour de Sébastopol ; La Russie est battue par les Alliés en 1855.

Alexandre II s’inspire du libéralisme occidental et affranchit les serfs ; En 1867, la Russie vend l’Alaska aux Etats-Unis. Il meurt en 1881, victime d’un attentat.

Alexandre III ne voit de salut pour la Russie que dans l’autocratie, le nationalisme et l’orthodoxie. il fait surveiller étroitement les " révolutionnaires ", la presse est bâillonnée.

Nicolas II accède au trône en 1894. Le parti ouvrier social-démocrate est fondé en 1898, il organise des grèves et des manifestations. Il est un peu affaibli par la scission en 1903 entre bolcheviks (conduits par Lénine) et mencheviks (conduits par Plekhanov).

L’agitation révolutionnaire dépasse Nicolas II ; il se laisse dominer par sa femme, elle-même troublée par son entourage et plus spécialement par le moine Raspoutine.

Le 22 janvier 1905, une manifestation pacifiste d’ouvriers est réprimée dans le sang. La Russie entre alors dans une période d’émeutes dans l’armée, de manifestations ouvrières et de jacqueries dans les campagnes. La Première Guerre Mondiale fut un désastre qui fit chuter irrémédiablement le tsarisme.

En février 1917, le mécontentement populaire est à son comble ; la grève générale entraîne l’insurrection des troupes. Nicolas II est contraint d’abdiquer le 2 mars 1917. Un gouvernement provisoire est nommé ; le tsar et sa famille n’ont pas quitté le pays ; jugeant leur sécurité menacée, ils sont expédiés en Sibérie. En avril 1918, le bruit court que l’Armée blanche s’apprêtait à libérer 

Nicolas II. La famille impériale est transférée à Iekaterinbourg. C’est là que les prisonniers furent exécutes le 18 juillet 1918.

Ainsi s'éteint une dynastie, qui débute au monastère St Ipatiev de Kostroma et se termine à la maison Ipatiev d’Iekaterinbourg…

 

COINCIDENCES FATALES DANS LA VIE DE LA FAMILLE IMPERIALE

Le chiffre 17 fut fatal pour Nicolas Il et toute la famille des Romanov.

C'est le 17 octobre 1888 que le train du tsar dérailla près de Kharkov. Fort heureusement la famille d'Alexandre III en sortit indemne.

Lors du couronnement de Nicolas Il, dans la nuit du 17 mai 1896, se produisit la tragédie de Khodynsk (au nord-ouest de la ville de Moscou) : 1389 personnes périrent dans la cohue et 1300 personnes furent blessées, ce qui valut au tsar le surnom de " Sanguinaire ".

Le 17 octobre 1905 fut signé le Manifeste mettant fin au pouvoir absolu du monarque.

L'assassinat de Raspoutine, qui prédisait que la fin des Romanov serait liée à sa propre mort, eut lieu le 17 décembre 1916. Le pouvoir fut pris par les bolcheviks en 1917. Le 17 juillet (d'après le nouveau style) 1918, la famille impériale fut exécutée à Ekaterinburg.

D'autres coïncidences curieuses, liées cette fois aux noms, laissent perplexes.

Le premier tsar de la dynastie des Romanov fut Mikhaïl Fedorovitch, appellé à régner alors qu'il se trouvait dans le monastère Ipatievski (près de Kostroma). Nicolas II et sa famille furent tués dans la maison qui appartenait à l'ingénieur Ipatiev, communément appelée " Ipatievski dom ".

Au début de la dynastie des Romanov, le patriarche s'appelait Hermogène (canonnisé, d'ailleurs, sous le règne de Nicolas II, en tant que saint martyr). Un siècle plus tard, alors que les Romanov étaient exilés à Tobolsk, l'archevêque de Tobolsk s'appelait également Hermogène (il mourut en martyr, persécuté par les communistes).

En 1905, le jour de la fête du Baptême du Christ dans le Jourdain, Nicolas Il et sa nombreuse suite descendirent au bord de la Néva, à l'endroit où devait avoir lieu la bénédiction de l'eau. Des salves devaient être tirées à blanc des canons de la forteresse Saint-Pierre et Saint-Paul. L'un d'entre eux se trouva chargé. Les balles passèrent au-dessus de la tête du Tsar, firent voler en éclats les vitres du Palais d'Hiver. Seul un policier, du nom de... Romanov, fut blessé.

En 1909, dans une discussion avec son ministre Stolypine, Nicolas Il dit : " Croyez-moi, Piotr Arkadiévitch, j'ai la conviction profonde d'être voué à d'effroyables tourments pour lesquels je ne recevrai pas de récompense ici, sur cette terre... "

On raconte que la veuve de l'Empereur assassiné Paul ler, Maria Fedorovna, avait mis dans un coffret un message mystérieux, que devait lire le souverain régnant cent ans après la mort de son mari. Nicolas Il et sa femme se rendirent à Gatchino (près de SaintPétersbourg) où se trouvait le coffret. Ils en revinrent pensifs et tristes. Dans le coffret se trouvait notée la prédiction du moine Abel qui vécut à la limite du XIXe et du XXe siècle. Il avait prédit avec exactitude la plupart des événements de son époque, ce qui lui valut d'être à maintes reprises mis en prison. L'existence de ce moine a pu être vérifiée grâce à des documents trouvés dans les Archives centrales de Moscou.

Saint Séraphin de Sarov avait également prédit de grands troubles en Russie: "Beaucoup de sang coulera car il y aura des soulèvements contre le Tsar et l'autocratie, mais Dieu le magnifiera."

La moniale Pacha Sarovskaïa, bien connue pour sa vie d'abnégation totale, avait également prédit au tsar les événements qui se préparaient, ainsi qu'un moine de l'ermitage de Gethsémani, Barnabé, dont les reliques sont conservées dans l'église de l'ermitage, non loin de la Laure Saint-Serge, à Serguiev Possad.

Lorsque le 11 décembre 1916 l'impératrice Alexandra Fedorovna se rendit au monastère de la Dîme à Novgorod, la mère supérieure dit en la voyant: " Voici la martyre, la Tsarine Alexandra ". Puis elle répéta plusieurs fois: " Tu porteras une lourde croix, n'aie pas peur ".

Alexandra Fedorovna relate cette rencontre dans une lettre à Nicolas Il.

Le souverain était profondément croyant. Il disait " ... je crois de façon inébranlable que le destin de la Russie, mon propre destin et celui de ma famille sont dans les mains du Seigneur. Et quoiqu'il arrive, je m'incline devant sa volonté ". A partir d'une certaine date, les prédictions influencèrent son comportement au quotidien, ce qui fait dire à la majorité des historiens contemporains que les actes de Nicolas Il étaient paradoxaux.

Source:Rousskii Dom n' 1, 2000, paru dans " La Gazette " n°40.

 

 

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